Dans un climat marqué par un ralentissement de la croissance et une instabilité politique, les entreprises françaises revoient à la baisse leurs politiques de rémunération.
C’est ce que révèle la 8ᵉ édition du baromètre Les RH au quotidien, réalisé par Les Éditions Tissot et PayFit auprès de plus de 800 professionnels des ressources humaines.
Malgré des attentes
salariales en hausse – selon les RH interrogés, 66% des salariés considèrent la
rémunération comme un enjeu clé en 2025 (+2 points vs 2024) –, les entreprises
adoptent une posture défensive : 27% d’entre elles ne prévoient aucune action
sur les rémunérations cette année, contre seulement 5% en 2024. Une tendance
qui reflète un recentrage sur l’optimisation des coûts, au détriment des
politiques salariales.
Un net ralentissement
des augmentations salariales
Si la rémunération
reste un levier essentiel pour attirer et fidéliser les talents, les
entreprises sont de moins en moins nombreuses à prévoir des actions concrètes
pour augmenter les salaires :
● Seules 36% des
entreprises ont travaillé sur une politique de rémunération plus attractive en
2024 (contre 45% en 2023).
● 47% des RH prévoient
de mettre en place des augmentations individuelles (vs 62% en 2023)
● 24% prévoient des
augmentations collectives (vs 41% en 2023).
● 30% seulement
envisagent des primes individuelles (vs 40% en 2023).
Seules les mesures
d’épargne salariale (intéressement, participation) semblent résister, avec 32%
des entreprises qui les maintiennent, un niveau proche de celui de 2024 (34%).
Le chiffre le plus
marquant : la proportion d’entreprises n’ayant prévu aucune action salariale
passe de 5% à 27% en un an. Un signal fort qui confirme une nouvelle approche
budgétaire, où la maîtrise des coûts prime sur l’attractivité des
rémunérations.
Fidéliser sans
augmenter : les entreprises en quête de nouveaux leviers
Face à cette
contraction des budgets salariaux, les entreprises cherchent d’autres moyens de
fidéliser leurs talents. 63% des RH placent la fidélisation des collaborateurs
comme leur principal enjeu en 2025, devant le recrutement (54%). Depuis
plusieurs années, le baromètre montre que les RH ont l'intention de prioriser
la fidélisation au recrutement. Pourtant, dans les faits, même si les sujets
liés au recrutement ont moins mobilisé les RH depuis 2022 (-10 points), ils
représentaient de fait en 2024 toujours LA priorité pour 65% des répondants.
La qualité de vie au
travail (QVT) devient un levier stratégique : 61% des RH comptent s’y investir
fortement cette année. Santé mentale, prévention des risques psychosociaux et
amélioration des conditions de travail progressent dans les priorités RH, mais
ces initiatives risquent de se heurter à un manque de ressources.
Paradoxalement, alors
que la fidélisation devient un enjeu clé, les négociations salariales
continuent de reculer (38% en 2025, -7 points vs 2024), laissant les
entreprises face à un défi : comment retenir les talents sans revalorisation
financière significative ?
L’IA et la
digitalisation : des leviers pour accompagner la transformation du métier RH
Face à la pression
croissante sur les RH – entre tensions sur les rémunérations, nécessité de
fidéliser et lourdeur administrative – l’IA et la digitalisation apparaissent
comme des solutions essentielles.
Si 96% des RH utilisent
au moins un outil digital, la gestion de la paie (69%) domine largement, tandis
que seulement 29% des entreprises ont adopté un SIRH complet. L’automatisation
des processus RH progresse, mais ne suffit pas encore à libérer du temps pour
les missions stratégiques. 60% des RH passent au moins la moitié de leur
journée à des tâches administratives.
L’IA, pourtant
prometteuse, reste marginale dans les pratiques RH :
● 17% des RH
l’utilisent régulièrement et 3% en font même un véritable levier stratégique.
● 33% envisagent de
l’adopter, mais les freins restent nombreux (10% la perçoivent comme une
menace, 17% refusent de l’utiliser).
Dans un contexte où les
RH doivent en faire plus avec des moyens contraints, la digitalisation pourrait
être un levier clé pour rééquilibrer leur rôle entre gestion administrative et
enjeux humains. Reste à savoir si les entreprises investiront suffisamment pour
accélérer cette transition.
« Les résultats du
baromètre démontrent à nouveau à quel point on peut parler de vocation dans la
fonction RH. Mais ils révèlent aussi un paradoxe : alors que la fidélisation et
la qualité de vie au travail sont les priorités exprimées pour 2025, les équipes
RH restent submergées par des tâches administratives - la charge restant trop
importante malgré un usage digital en constante progression. Il est urgent de
leur redonner du temps, pour qu'elles puissent le réinvestir dans ce qui compte
vraiment. »,
déclare Marie-Alice Tantardini, DRH de PayFit.
« Dans un environnement où les réglementations sociales se complexifient et où l’instabilité économique pèse sur les entreprises, les RH se retrouvent en première ligne pour répondre à deux défis cruciaux : améliorer la qualité de vie au travail et renforcer la fidélisation des talents. Pourtant, leur temps est trop souvent accaparé par des contraintes administratives et juridiques. Aux Éditions Tissot, notre mission est plus que jamais de leur simplifier l’application du droit social, avec des outils et des contenus clairs, concrets et immédiatement opérationnels. Parce qu’un RH bien armé est un RH qui peut pleinement jouer son rôle stratégique », conclut Caroline Acs, Directrice Générale des Editions Tissot.