Quelles
attentes professionnelles, aspirations personnelles et perception de l’avenir ?
La Fondation
Jean-Jaurès, la Macif, France Silver Eco et BVA Xsight publient les résultats
d’une étude menée auprès de 1 003 salariés de 50 ans et plus sur leur rapport à
l’entreprise. Cette enquête apporte un regard inédit sur leurs attentes
professionnelles, leurs aspirations personnelles et leur perception de l’avenir
dans un contexte d’incertitudes économiques et sociales. 300 cadres dirigeants
(décisionnaires et cadres intermédiaires) du secteur privé ont également été
interrogés dans le cadre de cette étude afin d’exprimer l’image qu’ils ont des
salariés arrivant dans la dernière partie de leur carrière.
>> Les principaux enseignements à retenir
• Les seniors et les jeunes ont les
mêmes priorités :
la rémunération (à 37% pour les seniors et 40% pour les jeunes) et
l’amélioration des conditions de travail (à 40% pour les seniors et 33% pour
les jeunes) sont les deux engagements les plus importants qu’ils attendent
d’une entreprise.
• Alors qu’ils estiment à 76% que la
fidélité à l’entreprise est en retrait, 59% des salariés seniors français envisagent de
rester dans la même entreprise jusqu’à la retraite et 23% souhaitent évoluer au
sein de leur entreprise, en changeant de poste afin d’acquérir de nouvelles
compétences (23%).
• 55% des plus de 50 ans estiment que
les seniors sont peu reconnus dans le monde du travail, et 51% jugent qu’ils
sont moins considérés dans l’entreprise qu’avant. Néanmoins, ¼ des seniors
(27%) se sentent plus considérés dans l’entreprise.
• Pour 57% des salariés seniors,
améliorer leur place dans l’entreprise passe avant tout par la transmission de leur
savoir et de leur expérience.
• 1 salarié senior sur 10 a connaissance
des dispositifs pour les aidants. Selon eux, l’aménagement du temps de travail
(69%) et l'aide financière (28%) sont les deux mesures clés pour accompagner
les aidants.
• Pour 79% des seniors, les entreprises
ont un rôle à jouer dans
la préparation à la retraite et leur principale source d’inquiétude est
financière pour 31% de ceux qui y pensent régulièrement.
>> Dans le détail
• Pour les salariés seniors,
l’entreprise, « c’était mieux avant » ?
Alors que l’âge de
départ à la retraite est allongé et que les entreprises vivent de nombreuses
transformations, la moitié des salariés seniors estime que le travail est
devenu moins intéressant qu’au début de leur carrière, un sentiment
particulièrement marqué chez les salariés du secteur public (55%). La
pénibilité du travail et de son rythme est également ressentie par 55% des
seniors, avec une proportion encore plus élevée chez les salariés des petites
et moyennes entreprises (63%).
Les trois quarts des
salariés seniors estiment que la fidélité à l’entreprise est en retrait (76%),
une perception qui est très majoritaire chez les cadres (89%), les salariés des
grandes entreprises (83%) et les 60-64 ans (82%). Dans les mêmes proportions,
ils jugent que l’engagement des jeunes salariés a diminué (78%) et que leur
rapport au travail est devenu plus distant (74%). Cette évolution s’accompagne
selon eux d’une érosion des liens collectifs : 61% des seniors estiment que les
relations entre collègues sont moins fortes qu’auparavant, une perception
particulièrement marquée dans le secteur public (70%).
• Seniors ou jeunes salariés, des
priorités et des attentes qui se ressemblent.
Les attentes exprimées
entre les jeunes salariés et les seniors sont convergentes, voire totalement
alignées. Lorsque l’on interroge les deux générations sur le rôle de
l’entreprise, les seniors répondent la création d’emplois (50%),
l’épanouissement (39%) et l’utilité pour la société (35%). Les jeunes mettent
simplement l’utilité avant l’épanouissement (respectivement 45%, 31% et 43%).
L’entreprise idéale est majoritairement locale et française pour les jeunes
(respectivement 28 et 34%) comme pour les seniors (respectivement 53 et 39%).
Le manager idéal, pour les seniors comme pour les jeunes, reconnaît le travail
accompli et crée un environnement de travail épanouissant (respectivement 30 et
25% pour les seniors, 24 et 28% pour les jeunes).
Pour 40% des salariés
seniors, l’amélioration des conditions de travail apparaît comme l’engagement
le plus prioritaire à prendre par les entreprises. La défense du pouvoir
d’achat à 30% et la transmission des savoirs à 20% constituent également deux
sujets d’engagement importants à leurs yeux. Ils constatent des améliorations
dans la qualité du travail puisque 44% d’entre eux indique que l’équilibre vie
personnelle et vie professionnelle est mieux respecté qu’avant, et que les
nouvelles manières de travailler, telles que le télétravail, apportent
globalement des choses positives (40%), un constat identique fait par les
cadres et les salariés seniors de l’agglomération parisienne (51%).
Autres points de
convergence entre jeunes salariés et seniors, bonne ambiance (à 54% pour les
seniors et à 44% pour les jeunes) et entraide (à 52% pour les seniors et à 41%
pour les jeunes) sont les aspects les plus importants dans les rapports avec
leurs collègues.
• L’entreprise, un pont entre la vie
active et la retraite
Plus de la moitié des
salariés seniors français (59%) souhaitent rester au sein de la même entreprise
jusqu’à la retraite, et 23% souhaitent évoluer en changeant de poste afin
d’acquérir de nouvelles compétences. En effet, à l’approche de la retraite, ils
sont près de 8 salariés sur 10 (78%) à y penser, et cela grimpe à 93% chez les
60-64 ans. La prévoyance retraite est également un sujet de réflexion pour 67%
des salariés qui déclarent y penser « parfois ou souvent », c’est encore plus
le cas pour les 60-64 ans (78%) et les salariés de l’industrie (76%). Selon
notre étude, 30% des répondants comptent sur l’État et 32% sur leur entreprise
pour être informés des dispositifs de prévoyance retraite. Ils sont également
convaincus de la nécessité de la préparation au départ à la retraite par
l’entreprise (79%), et pour 31% de ceux qui y pensent régulièrement, la
retraite est une source d’inquiétude financière.
>> Perception de
la séniorité dans l’entreprise
Dans le cadre
professionnel, les salariés de plus de 50 ans se considèrent majoritairement
comme des seniors (56%) et sont également perçus comme tels par leurs collègues
(45%). Si le terme « senior » est jugé neutre par 43% des répondants, il est
plus souvent perçu négativement par les salariés seniors eux-mêmes (38%), en
particulier dans le secteur des services (43%). A contrario, près de la moitié
des jeunes salariés le perçoivent de manière positive (49%).
Cependant, le sentiment
de dévalorisation est largement répandu parmi les plus de 50 ans : 55% estiment
que les seniors sont peu reconnus dans le monde du travail, et 51% jugent
qu’ils sont moins considérés dans l’entreprise. Cette perception s’explique par
des stéréotypes persistants, notamment des salaires élevés (39%), un supposé
manque d’adaptabilité (33%) et une déconnexion avec les nouvelles générations
(22%). Pourtant, du point de vue des cadres dirigeants, les seniors sont perçus
comme des collaborateurs « faciles » à encadrer pour une écrasante majorité
(72%).
Pour une majorité de salariés seniors, améliorer leur place dans l’entreprise passe avant tout par la transmission de leur savoir et de leur expérience (57%), une solution plébiscitée par les salariés des grandes entreprises (65%). Ils plaident ensuite pour un traitement égalitaire avec les autres salariés (37%) et la possibilité de travailler plus longtemps s’ils le souhaitent (25%), une option avancée par un tiers des seniors salariés de l’agglomération parisienne. Les cadres dirigeants partagent l’importance de la transmission (44%), mais envisagent davantage de les former aux nouvelles façons de travailler (22%) et de les intégrer à la jeune génération (20%), une approche qui contraste avec les attentes des seniors, pour qui ces solutions ne sont pas prioritaires.