La Macif tire la sonnette d'alarme au sujet du projet européen FiDA (Financial Data Access), qui menace la sécurité et la confidentialité des données financières et assurantielles des citoyens européens.
Les résultats de son
sondage exclusif réalisé avec Kantar sont sans appel : une très large majorité
de Français rejette ce principe et se déclare hostile au partage de leurs
données avec d'autres acteurs que leur assureur actuel. A la veille du début
des trilogues à Bruxelles, la Macif appelle à une nécessaire prise de recul
collective sur ce texte et un ajournement de son adoption. Il pourrait en effet
bouleverser les fondements de la protection des assurés et compromettre la
solidarité tarifaire.
Zoom sur un projet de
règlement, encore méconnu, sur le point d'avoir un impact considérable sur
l'assurabilité des Français.
Une réglementation aux
risques sous-estimés
FiDA permettra aux
consommateurs et aux entreprises d'autoriser des tiers (les utilisateurs de
données) à accéder à leurs données détenues par des institutions financières
(les détenteurs de données). A quelques exceptions comme la complémentaire
santé notamment, tous les produits financiers seront concernés. Une dérive vers
la démutualisation pourrait alors favoriser une assurance « à la carte »,
pénalisant les profils les plus vulnérables. La Macif souhaite alerter sur les
risques que fait peser FiDA sur la confiance entre les assurés et leurs
assureurs, ainsi que sur l’équilibre du système assurantiel. De plus, la
majorité des Français exige un contrôle strict et un consentement réversible
concernant le partage de leurs données. L’entrée de nouveaux acteurs, notamment
les géants technologiques, soulève également des préoccupations en matière de
confidentialité et de protection des données.
Jean-Philippe Dogneton,
Directeur général de la Macif, rappelle : « Nous ne pouvons pas
rester silencieux face à une initiative qui pourrait compromettre la sécurité
des données de nos assurés. La mutualisation repose sur la confiance et la
solidarité. Il est impératif que le projet FiDA soit réexaminé pour garantir la
protection des données et préserver les principes fondamentaux de notre modèle
assurantiel. Par ailleurs, le manque d’information des Français sur ce sujet
est préoccupant. Ce projet menace directement la manière dont ils seront
assurés demain, laissant pour compte les plus fragiles ou les plus exposés aux
risques. »
Une opposition des
Français au partage de leurs données assurantielles
À l’heure où le
règlement européen FiDA entre dans une phase critique de négociations, un
constat s’impose : ce projet, pensé pour offrir transparence et compétitivité
aux consommateurs, suscite davantage de craintes que d’adhésion.
Les résultats de
l’enquête parlent d’eux-mêmes et montrent une nette opposition au partage des
données d’assurance. Les assureurs traditionnels apparaissent comme les
premiers, voire les seuls, acteurs de confiance lorsqu’il s’agit de partager
des données d’assurance. En effet, 85% des Français font confiance aux
assureurs traditionnels, tandis que seulement 40% ou moins accordent leur
confiance à d’autres acteurs tels que les comparateurs en ligne, les grandes
entreprises technologiques (Gafam) ou les AssurTech. De plus, 75% des
répondants estiment que leurs données de santé doivent rester strictement
confidentielles. Par ailleurs, 65% ne souhaitent pas diffuser leurs données
financières, et 64% leurs informations de profil personnel. Parmi la minorité
(9%) favorable à l’ouverture de leurs données d’assurance, ce partage serait
accepté uniquement sous conditions strictes, notamment la possibilité de
retirer leur consentement à tout moment.
Un réel impact sur la
solidarité tarifaire et les fondements du modèle assurantiel
La mutualisation est au cœur du modèle assurantiel français, où les risques sont partagés entre tous les assurés : FiDA pourrait encourager une segmentation accrue du marché, incitant certains assureurs et nouveaux entrants (Gafam, Assurtech…) à sélectionner uniquement les profils les moins risqués.
58% des Français estiment que les valeurs de solidarité en matière d’assurance sont importantes, ce chiffre atteignant 69% chez les moins de 35 ans et 73% chez les Français déclarant vivre dans une zone à risques. Si 52% des Français sont favorables en général à l’application de tarifs strictement basés sur le risque individuel, cette proportion tombe à 46% si la question leur est posée au sujet des personnes exposées aux risques naturels ou climatiques... A noter que 22% des Français ne se prononcent pas sur ces questions, reflétant une méconnaissance générale du fonctionnement de l’assurance et du principe de mutualisation.