L’analyse d’Emmanuel
Fusiller, Président d’Administra Paris
Depuis l’entrée en vigueur de nouvelles obligations légales pour toutes les copropriétés depuis
le 1er janvier 2025 le projet de plan pluriannuel de travaux (PPPT) s’est imposé comme un outil incontournable pour anticiper et planifier et rénover les copropriétés.
Pourtant, ce
dispositif, qui aurait pu constituer une avancée majeure, souffre d’une mise en
œuvre mal pensée, souvent confondue avec les audits énergétiques ou un DTG
diagnostic technique global des immeubles, et mal adaptée aux spécificités des
immeubles parisiens, notamment haussmanniens ou encore en pans de bois.
1/ Une confusion
initiale qui freine l’adoption
Le législateur, en associant le PPPT à une logique d’audit énergétique, a
suscité des résistances inutiles.
- Les
audits énergétiques, conçus pour évaluer les performances thermiques, se
heurtent à des obstacles techniques dans des immeubles historiques
parisiens, souvent classés ou soumis à des contraintes patrimoniales.
- En
revanche, une approche pragmatique, centrée sur la planification des travaux
nécessaires sur une décennie, aurait permis aux copropriétaires de mieux
comprendre et accepter la démarche.
2/ Le potentiel sous-exploité du plan pluriannuel de travaux
Le PPPT est pourtant un levier essentiel pour une gestion saine et proactive
des copropriétés :
- Anticipation
et transparence
: En identifiant les travaux à réaliser sur dix ans, il donne une
vision claire des investissements nécessaires. Chaque copropriétaire,
qu’il soit vendeur ou acquéreur, dispose ainsi d’un état précis des
parties communes. Et des travaux à faire.
- Gestion facilitée : Certains immeubles, avec l’appui d’architectes, pratiquaient déjà cette planification. En généralisant cette méthode, on offre aux copropriétés une feuille de route pour éviter des décisions précipitées ou des travaux d’urgence souvent coûteux.
3/ Une ambition légitime mais complexe
Il est évident que
l’objectif du législateur, réduire la consommation énergétique des bâtiments,
est louable. Cependant, cette ambition pourrait être atteinte plus efficacement
avec des outils adaptés aux réalités des copropriétés.
- Simplifier
et clarifier les objectifs : Plutôt que d’imposer une norme
inadaptée, il aurait suffi de présenter le PPPT comme un outil de pilotage
de la rénovation des copropriétés, dont le syndic est un acteur majeur.
- Accompagner
les acteurs
: Offrir des outils pédagogiques aux copropriétaires et aux syndics
pour faciliter l’adoption du dispositif.
En conclusion, le projet de plan pluriannuel de travaux a le potentiel
de transformer la gestion des copropriétés françaises, en définissant une voie
et mieux les préparer aux défis de demain. Mais pour cela, il faut dépasser les
erreurs de départ et recentrer le dispositif sur sa finalité première :
garantir une gestion préventive des immeubles et une vision claire des coûts
pour tous les copropriétaires.
En proposition, une
refonte pédagogique et pratique du dispositif, adaptée aux spécificités des
habitats parisiens, est essentielle pour en faire un véritable outil au service
de la transition énergétique et de la préservation du patrimoine.