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[Baromètre] Objectif « travail décent pour tous »

Un nombre record de 141 entreprises publie ses données RH à une coalition d’investisseurs pesant 7 000 Mrds$ 

La Workforce Disclosure Initiative (WDI), initiative visant une meilleure transparence des entreprises sur la gestion des travailleurs dans leurs opérations et tout au long de leur chaine d’approvisionnement, publie les résultats de son sondage annuel et met à l’honneur les entreprises les plus vertueuses en leur décernant des prix qui récompensent leur transparence en matière de politiques et de pratiques du travail.

Les résultats, dont les données ont été intégralement transmises à cette coalition d’investisseurs représentant 7 000 Mrds$, brossent un tableau mitigé de la performance sociale des entreprises dans plusieurs domaines dont la rémunération, les conditions de travail et la diversité.

D’un côté, le reporting de ces données progresse : 141 des plus grandes entreprises mondiales cotées ont reporté à la WDI en 2020, soit une progression de 20% par rapport à l’année précédente. Ces entreprises sont localisées dans 20 pays et couvrent tous les secteurs économiques ; elles représentent plus de 12 millions de collaborateurs, qu’elles emploient directement et auxquels s’ajoute un nombre bien plus important issu de leurs chaînes d’approvisionnement.

Par ailleurs, la WDI a indiqué que les entreprises participantes dévoilent davantage de données que par le passé : en effet, elles répondent en moyenne à 61% du questionnaire, contre 40% en 2019.

Mais de l’autre, cette transparence accrue ne se traduit pas forcément par de meilleures conditions pour les travailleurs.

A titre d’exemple, en 2020, 74% des entreprises ont publié le ratio d’équité qui mesure l’écart entre la rémunération du directeur général et le salaire moyen d’un employé, contre 48% en 2019. Mais une hausse du niveau de transparence n’est pas synonyme de ratios plus faibles : dans les dix entreprises affichant les ratios d’équité les plus élevés, le salaire du directeur général est 200 fois supérieur à celui de l’employé médian ; les trois entreprises qui figurent en haut du classement ont quant à elles versé un salaire 500 fois supérieur à celui de l’employé médian.

A l’ère de Black Lives Matter et #MeToo, les entreprises sont plus nombreuses que jamais (98%) à vouloir s’engager pour renforcer la diversité au sein de leurs effectifs. Mais un grand nombre d’entre elles ne dispose pas des données requises pour mettre en œuvre ces stratégies. 75% ont été en mesure de réaliser une répartition par genre de leur effectif et seules 36% ont publié la répartition par origine ethnique.

Selon Charlotte Lush, Responsable de la Recherche au sein de WDI : « Pour que les projets ou les initiatives de ce type soient réellement efficaces, l’entreprise doit comprendre la composition de ses effectifs. Sans ces données, elle donne un coup d’épée dans l’eau, car elle met en place des mesures sans connaître la nature et les besoins réels de ses collaborateurs ».

Les informations concernant les pratiques en matière de discrimination et de harcèlement manquent également de précision. 96% des entreprises ont publié des données sur les politiques mises en place, mais seules 41% ont été en mesure d’indiquer le nombre d’incidents signalés et seules 35% ont pu donner le nombre d’incidents résolus.

Des schémas similaires ont été observés au niveau des engagements sur les droits humains. 90% des entreprises se sont publiquement engagées à respecter les droits de l’homme, mais presque la moitié (45%) n’a pas su donner un seul exemple de mesure corrective pour faire face à une violation de ces droits.

De même, 94% des participants se sont engagés à prévenir le travail forcé, l’esclavage moderne et le trafic d’êtres humains au sein de leur entreprise et de leur chaîne d’approvisionnement, mais dix d’entre elles n’ont pas été en mesure de décrire leur chaîne d’approvisionnement.

Pour Charlotte Lush : « Il s’agit là d’une information rudimentaire et capitale si l’on souhaite commencer à identifier et à agir contre l’esclavage moderne. Si une entreprise n’est pas capable de décrire, même sommairement, sa chaîne d’approvisionnement, alors il est peu probable qu’elle soit en mesure de faire bouger les lignes sur l’enjeu de l’esclavage moderne ».

Certaines entreprises se sont néanmoins distinguées dans leur reporting et leurs pratiques en matière de conditions de travail et, pour la première fois, elles seront récompensées par les Prix de la Transparence décernés par la WDI (Workforce Transparency Awards). Rosie Mackenzie, Responsable de l’Engagement au sein de WDI, ajoute que : « Les entreprises mettent souvent beaucoup de moyens pour répondre aux questionnaires et ces récompenses ont vocation à saluer leurs efforts ». 

Parmi les gagnants, Sainsbury's reçoit le prix « Supply Chain Data » pour avoir communiqué le plus d’informations sur sa chaîne d'approvisionnement. Landsec, société spécialisée dans l’immobilier commercial, reçoit quant à elle trois distinctions, dont notamment le Prix WDI qui récompense l’entreprise ayant fourni la réponse la plus complète.

La WDI est appuyée par 53 investisseurs pesant plus de 7 000 Mrds$ d’encours sous gestion, allant d’Amundi au Universities Superannuation Scheme (USS).

« Chez Sycomore AM, nous ne cessons de rappeler qu’une gestion attentive du capital humain assurant le bien-être des employés est fondamentale pour la pérennité des entreprises et de la société au sens large, souligne Sabrina Ritossa-Fernandez, analyste senior ISR chez Sycomore AM. « C’est pourquoi, il y a six ans, nous avons choisi de lancer une stratégie entièrement dédiée à cette thématique, Sycomore Happy@Work, en ligne avec la mission du WDI qui est d’améliorer la transparence et la responsabilité des entreprises sur les questions liées à l’emploi. Le cadre que propose la WDI est d’une grande utilité non seulement pour les investisseurs comme nous, mais également pour les entreprises, en leur permettant d’aller plus loin dans le suivi de leurs performances et de leur responsabilité sociale au sein de leurs propres opérations et tout au long de leur chaîne d’approvisionnement », précise-t-elle.

Pour Amy D. Augustine, qui dirige l’Investissement ESG au sein de Boston Trust Walden, signataire de la WDI : « Une bonne gestion du capital humain contribue à faciliter la mobilité économique et à combler les écarts en matière d’opportunités au sein des entreprises et tout au long des chaînes d’approvisionnement à travers le monde. Boston Trust Walden soutient les efforts déployés par WDI pour accélérer la publication de ces données sur leurs effectifs et leurs chaînes d’approvisionnement, des informations utiles à la prise de décision, au même titre que le reporting sur les performances environnementales, et qui pourront, à terme, être intégrées aux décisions d’investissement et aux démarches d’engagement des entreprises ».

 

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