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Gestion d'un club et passion du sport, un modèle inspirant pour l'entreprise

Comment s'organise un club de sport ? Quelles bonnes pratiques les entreprises peuvent-elles s'approprier ?

Walter France a organisé en septembre, à Caen, en partenariat avec la DFCG*, une table ronde autour du président et du coach sportif du Club Basket Calvados (CBC), en présence de partenaires et de Bpifrance. Les débats étaient animés par Pascal Ferron, vice-président de Walter France.

Financé à 75% par des partenaires privés, le Club de Basket du Calvados a un business model particulièrement original qui le fait « sortir du lot » en faisant appel à tous les mécanismes de l'entrepreneuriat. Au cours de son histoire, ce club a atteint les plus hauts niveaux de performance sportive, et il est devenu aujourd'hui une vitrine emblématique du sport dans la région. De la « vision » à l'animation de réseaux, en passant par la gestion et la cohésion d'équipes, les entreprises ont tout intérêt à s'inspirer de la performance de ce club !


La vision partagée de l'équipe dirigeante

Dans ce club comme dans les entreprises, tout part de la volonté de la direction. Au CBC, le président, le directeur sportif et le coach sportif ont la même vision partagée : faire en sorte que le Club atteigne les plus hauts niveaux de compétition, en fédérant autour d'eux le conseil d'administration, les joueurs, les partenaires et la population, en mettant au centre la passion du sport et le plaisir de jouer ou d'assister aux matchs. Toutes les entreprises ne peuvent pas en dire autant, et pourtant, seule une équipe de direction volontaire, soudée et qui ambitionne les mêmes objectifs créera de l'adhésion et de l'enthousiasme auprès de toutes les parties prenantes.


Pour être recruté, savoir jouer "avec" les autres

Pour que cette cohésion se retrouve dans l'équipe de joueurs, tout commence par la qualité du recrutement. Pour Fabrice Courcier, le coach sportif du CBC, c'est la recherche d'un équilibre et d'une bonne complémentarité entre les joueurs qui priment, et pas la recherche de star. « Je dois bien définir la tâche que je veux assigner au joueur (équivalent au profil du poste dans les entreprises) et pour cela, sur 150 joueurs possibles, je vais sélectionner celui qui peut jouer avec les autres, car ce qui prime, c'est le collectif. » Et si, comme dans les entreprises, il appelle au moins deux anciens coachs du joueur (les anciens patrons), il contacte également deux joueurs qui ont joué avec son candidat. Voici une bonne pratique à reprendre par les recruteurs : appeler des anciens collègues !

Les futurs talents peuvent se cacher dans les équipes juniors ; au CBC aussi, la gestion des carrières est un enjeu pour assurer la relève.


Manager en faisant vivre le projet de chacun dans le projet collectif

Une fois l'équipe constituée, en tant que coach, il doit bien se connaître soi-même pour savoir « comment il fonctionne », et connaître la motivation de chacun de ses joueurs. Pour les joueurs américains, c'est souvent l'argent qui est le moteur, pour d'autres c'est juste la satisfaction d'appartenir à l'équipe. Un « suiveur » que l'on sait valoriser sera toujours solidaire, contrairement à un joueur qui a davantage d'ambition. Comme tout manager, Fabrice Courcier communique, explique, donne des feed-backs, en gardant toujours les notions essentielles de passion et de plaisir !


Concilier vision long terme et leçons à tirer du match du jour

Lorsque l'équipe joue un match, elle gagne ou elle perd, c'est binaire. Après chaque match, le coach et son équipe prennent le temps de débriefer, d'analyser ce qui a fonctionné, ce qui peut être amélioré. Ce retour immédiat est rarement fait dans les entreprises et c'est pourtant ainsi que l'on peut se fixer des objectifs à court terme pour le prochain match. Parallèlement, Fabrice Courcier amène ses joueurs à se focaliser sur la stratégie de jeu à appliquer plutôt que de leur marteler sans cesse qu'ils doivent impérativement gagner. Les entreprises auraient beaucoup à apprendre sur la gestion des échecs de leurs équipes, qui ne doivent pas les entraver à partir du moment où chacun a également en tête une vision moyen ou long terme. En résumé, garder le cap malgré les défaites.


Savoir contrôler les émotions

Au cours d'un match, les joueurs peuvent mener de 10 points puis, dans les cinq minutes qui suivent, être menés d'un point. C'est au coach de s'adapter en permanence pour aider ses joueurs à gérer cet « ascenseur émotionnel ». Pour Fabrice Courcier, un bon joueur a trois qualités principales : savoir gérer ses émotions, être mature pour n'avoir pas besoin de vouloir montrer sa supériorité, et jouer collectif.

Une gestion rigoureuse et transparente

Pour Franck Danet, président du Club et également associé Walter France, en basket, il est difficile d'anticiper les résultats, chaque match étant un nouveau défi. Il peut aussi y avoir des blessures. D'où l'importance de la vision long terme, très structurante, et qui se traduit par un budget et un strict contrôle de gestion. Tous les ans, l'exercice de « passage » devant la fédération pour justifier son engagement financier et sportif oblige à apporter des preuves et des justifications.

La recherche de partenaires permet au CBC d'être financé à 75% par les entreprises privées. Tous les ans, en début de saison, le responsable partenariat du club va les voir pour signer les contrats ; et la fidélité de ces entreprises s'explique par la capacité du club à animer et à faire vivre la relation tout au long de l'année.

Apporter à ces partenaires la preuve de la bonne gestion du club est également essentiel : dans ce contexte, le CBC a par exemple communiqué sur sa satisfaction de n'avoir eu aucun redressement suite à un contrôle fiscal...


Mécénat, sponsoring, partenariat : quelles différences ?

Côté entreprises partenaires, elles sont de plus en plus nombreuses à s'engager dans une démarche de mécénat, de partenariat ou de sponsoring, car les retours peuvent être multiples. Dans ce domaine aussi, elles doivent avoir une stratégie claire et maîtriser les arcanes des différents régimes.

Le régime du mécénat est encouragé par les pouvoirs publics, qui ont augmenté les seuils suite à la crise du Covid-19. Le principe est que le mécénat ne doit pas avoir de contrepartie directe, ou alors une contrepartie disproportionnée (dans le sens : bien moindre) par rapport aux sommes versées. Il n'existe pas de chiffre ou de pourcentage « officiel » mais le ministère de la Culture évoque un retour qui ne doit pas excéder 25% des sommes versées. A partir du moment où cet aspect est bien cadré, l'entreprise peut bénéficier d'un crédit d'impôt de 60% dans la limite de 20 000€ par an ou de 5 pour mille du chiffre d'affaires. Sachant qu'un éventuel excédent est reportable sur cinq ans.

En revanche, quand une entreprise parraine ou sponsorise un club, elle attend une contrepartie des sommes versées. Mais attention, alerte Franck Danet, comme toute charge, les frais engagés doivent être nécessaires à l'exploitation, sinon ils ne seront pas déductibles ; cet engagement doit réellement mettre en avant l'entreprise. Dans ce cas, il s'agit d'une charge déductible comme les autres, à condition bien sûr de pouvoir justifier en cas de contrôle fiscal les contreparties réelles (en clair, que ce ne soit pas un intérêt personnel du dirigeant).


Partager la passion du sport et créer du lien

Cédric Fradin, président de la DFCG Normandie, insiste sur le fait que les entreprises ont tout intérêt à s'inspirer des clubs sportifs car ceux-ci s'appuient sur les expériences du moment, les enseignements de chaque match, pour construire leur apprentissage, optimiser leur performance et être dans une démarche d'amélioration continue.

Pour Guillaume Leroy, directeur financier de Legallais, une entreprise de distribution de quincaillerie qui se définit comme une entreprise inspirante qui crée de la valeur partagée, être sponsor du CBC fait partie de sa stratégie RSE. Cette passion du sport est partagée par l'ensemble des collaborateurs ; ceux-ci peuvent bénéficier de places pour assister aux matchs et sont devenus de fervents supporters, qui commentent les exploits du week-end des joueurs le lundi matin en commençant leur semaine.


Simplicité, proximité et ancrage dans les territoires

La solidité de la stratégie du CBC et les valeurs qu'il véhicule ont convaincu Bpifrance d'être à ses côtés. « Jouons collectifs pour servir l'avenir » : pour Emilie Dhellin, déléguée financement chez Bpi France, ce slogan est parfaitement illustré par le CBC et il explique bien l'engagement de Bpifrance qui encourage les clubs de sport collectifs professionnels véhiculant des valeurs de simplicité, de proximité et d'ancrage dans les territoires. Comme en sport, les entreprises ont besoin d'une bonne préparation, d'un bon entraînement et de moyens pour réussir un projet. Les clubs et les entreprises accompagnés par Bpifrance bénéficient de son expertise, de son accompagnement, et de son puissant réseau qui contribue à créer une émulation collective des entreprises vers les clubs sportifs et inversement.

Pour Pascal Ferron, qui clôturait les débats : « Manager une équipe sportive de haut niveau est encore plus délicat que la gestion d'une entreprise. Tout est remis en question à chaque match, pour un panier, une blessure, un alea, et pas seulement parce que l'équipe adverse a été bien meilleure. Alors les leçons à tirer pour les entrepreneurs des modes de management de telles équipes se trouvent encore plus pertinentes, surtout en ces temps de remises en cause quotidiennes. Tout cela n'empêche nullement d'avoir une stratégie sur le long terme, une gestion saine, de recruter les individus qui vont jouer collectif et ne pas être seulement la somme de leurs performances individuelles, donner du sens, expliquer, apprendre continuellement des épreuves, et surtout... entretenir sa passion et se faire plaisir : autant de bonnes pratiques que les entrepreneurs pourront découvrir et vivre en ayant la bonne idée d'être mécène ou sponsor d'un club de sport aussi innovant que le CBC ! »

* Association des directeurs financiers et de contrôle de gestion.

 

 

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