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Du 27 avril au 29 septembre, Pissarro dans les ports au Havre

Le Pont Boieldieu à Rouen, soleil couchant, temps brumeuxLe musée d’Art moderne André Malraux est à plus d’un titre attaché à la série des ports normands de Pissarro. En effet, alors qu’il séjournait au Havre lors de l’été 1903, Pissarro se vit proposer par la commission d’achat du musée, l’acquisition de deux tableaux à l’huile Vue de l’avant-port du Havre

pour le prix de 4 000 francs. Ces deux toiles sont les premières et les seules oeuvres acquises à l’artiste de son vivant par un musée français. De retour à Paris, Pissarro devait décéder à peine trois mois plus tard.

Le port industriel fait une entrée triomphale dans la peinture moderne en 1874 lors de la première exposition impressionniste avec l’oeuvre de Claude Monet peinte au Havre, Impression soleil levant. Mais c’est Camille Pissarro qui, peu après, donne toute sa dimension à ce thème à travers une importante série réalisée pendant vingt ans, de 1883 à 1903, dans les trois ports normands de Rouen, Dieppe et Le Havre. Plus qu’aucun autre impressionniste sans doute, Pissarro se sera attaché à ce sujet du port industriel qui conjugue trois motifs d’intérêt : la vue urbaine, l’activité humaine et industrielle, et une atmosphère maritime par nature instable, offrant une gamme de variations atmosphériques infinies. A l’occasion de sept séjours successifs dans ces trois ports, Pissarro décline à l’envi, depuis le même point de vue, des paysages aux ambiances tantôt lumineuses, pluvieuses, brumeuses. L’exposition emmène à la découverte de cet univers en réunissant pour la première fois une trentaine de toiles de la série des ports, provenant pour la plupart de collections privées et publiques étrangères mais également une quinzaine d’estampes et dessins de Pissarro.

La série du port du Havre – 24 toiles peintes depuis les fenêtres de l’hôtel Continental où il s’installe début juillet 1903 – clôt un cycle entamé en 1883 à Rouen. A cette date, période de profonde remise en cause, Pissarro cherche à renouveler son répertoire de motifs et trouve à Rouen un site urbain qui lui permet d’abandonner le thème des scènes et paysages ruraux. Ce premier séjour inaugure chez lui une nouvelle pratique : celle de la répétition en série d’un même sujet, repris et popularisé ensuite par Claude Monet.

Par la suite Pissarro revient à trois reprises à Rouen, deux fois en 1896 et une en 1898. Il poursuit ses recherches, renouvelle ses points de vue. Fasciné par le spectacle des quais, il dit avoir « tâché de donner une idée du mouvement, de la vie, de l’atmosphère du port si peuplé de bateaux fumants, des ponts, des cheminées, des quartiers de la ville dans la brume, le brouillard, le soleil couchant… En fait j’ai fait ce que j’ai vu et senti ». Au terme de ces quatre séjours et en quête d’un nouveau site, il se rend dans le port de Dieppe en 1901 et 1902. Aux vues urbaines du centre historique exécutées la première année, succèdent les larges vues qui embrassent le paysage portuaire de Dieppe, animées d’une foule nombreuse. « Dieppe est un endroit admirable pour un peintre qui aime la vie, le mouvement, la couleur » écrit-il. Alors qu’il semble décidé à revenir encore à l’été 1903, Pissarro se laisse convaincre par un collectionneur havrais, Pieter Van der Velde, de s’installer au Havre, le port, où le futur artiste, alors âgé de 12 ans avait débarqué en 1842, venant des Iles Caraïbes, pour suivre des études à Paris.

L’originalité du point de vue très particulier de Pissarro sur les sites portuaires, due notamment à son positionnement physique, le plus souvent en hauteur, à partir d’un atelier installé dans une chambre d’hôtel, est mise en valeur par la confrontation avec quelques oeuvres d’Eugène Boudin et de Maxime Maufra. Par ailleurs, l’acquisition toute récente par le MuMa d’une oeuvre de jeunesse de Raoul Dufy, représentant un aspect beaucoup plus industriel du port du Havre et contemporaine du séjour de Pissarro au Havre, évoque la rupture qui s’opère à cette époque dans le champ artistique. Afin de mesurer l’importance de cette rupture, qui se produit chez de jeunes artistes influencés pourtant un peu plus tôt par l’impressionnisme, la dernière section de l’exposition présente des oeuvres de Dufy associées à quelques-unes de Friesz et de Marquet, réalisées dans les mêmes années que le séjour de Pissarro au Havre. L’exposition entend également aborder la question de la photographie, et présente une quinzaine de pièces. Elle permettra enfin de souligner le rôle important des amateurs et collectionneurs locaux comme soutiens, entremetteurs, ou acheteurs de Pissarro : Léon Monet, Eugène Murer, François Depeaux à Rouen, Gustave Cahen à Dieppe et Pieter Van der Velde au Havre. Partie des séries urbaines exécutées par Pissarro à Paris et en Normandie, le corpus des oeuvres des ports normands – près de 120 pièces - constitue néanmoins un ensemble à part jamais étudié en tant que tel.

Cette exposition est organisée par la Ville du Havre / musée d’Art moderne André Malraux-MuMA, Le Havre et la Réunion des musées nationaux - Grand Palais dans le cadre du Festival Normandie Impressionniste.

 

Rouen, Dieppe, Le Havre

27 avril – 29 septembre 2013

Musée d’Art moderne André Malraux MuMa Le Havre

2 boulevard Clemenceau

76 600 Le Havre

 

Horaires :

de 11h à 18h du lundi au vendredi.

de 11h à 19h les samedis et dimanches.

Fermeture le mardi, le 1er mai et le 14 juillet.

 

Tarifs : 9 €, 6 € (TR)

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